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Comment le "non-marchand" va redevenir cool et rentable

  • Photo du rédacteur: Bertrand Larsy
    Bertrand Larsy
  • 11 avr. 2024
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 avr. 2024



Avec les années, le secteur appelé "non-marchand" a acquis une image bien terne.

La santé, la culture, d'enseignement, les services publics, ... Caricaturés comme peuplés de bisounours, de personnes lentes, ayant peu de valeur ajoutée, et n'étant presque qu'un mal nécessaire.


C'est ce que l'économie de croissance a réussi à créer, en privilégiant l'avoir sur l'être, et la compétition sur la coopération.

Vu par cette économie, le non-marchand doit être financé juste assez pour permettre de la croissance à court terme.

Bien évidemment, ce n'est jamais dit tel quel, et il est parfaitement logique que beaucoup d'acteurs du non-marchands:

  • se sentent incompris, dévalorisés

  • compensent le manque de moyens par un surinvestissement personnel (la recette du burnout)

  • sont en sous-nombre dans leurs équipes

  • sont souvent mal équipés

  • se voient désigner des dirigeants qui gèrent pour diminuer les coûts plutôt que pour combler les besoins du terrain

  • ne trouvent pas la raison profonde de cette situation intenable, et finissent par l'attribuer à la condition humaine égoïste


Pourtant, financer le non-marchand adéquatement est un puissant vecteur de bien-être !


L'économie de croissance finance le non-marchand juste assez pour permettre une croissance économique à court terme.

Comment part-on d'une telle situation pour arriver à un secteur non-marchand rentable, et vraiment reconnu - pas seulement par des applaudissements à 20:00 🙄 ?


Comment rendre quelque chose rentable ?

La théorie

C'est en fait assez simple, il n'y a que deux éléments indispensables:

  • Un besoin, ou au moins un désir

  • De quoi rétribuer l'organisation qui comble ce besoin


Dans le cas du non-marchand, il y a plusieurs défis supplémentaires.


L'attente de l'action politique: Le besoin est bien là, et chacun en est conscient, mais son financement a depuis longtemps été délégué à des organismes publics. Il est donc encore courant de chercher à régler les problèmes par la voie politique.


Or, le politique suit aveuglément l'économie de croissance, qui ne finance le non-marchand qu'au minimum possible pour que ça tienne à court terme.


C'est donc un cul-de-sac.


Epuisement des forces vives: Le degré de délabrement des services du non-marchand est maintenu à la limite du tolérable. Les acteurs du secteur tentent de compenser le manque de moyens, et ont donc peu d'énergie disponible pour autre chose.


Pas d'argent aux bons endroits: Les problèmes se concentrent là où les gens ont le moins de moyens, rendant tout changement positif non finançable par ceux qui en bénéficieraient le plus


La théorie ... réadaptée à notre réalité


Les solutions idéales auront ces propriétés:

  • Libérer du temps aux acteurs du terrain

  • Permettre aux gens qui ont de l'énergie de contribuer, en les rétribuant avec autre chose que des Euro

  • Dépendre pas ou peu de l'action politique, à l'exception des niveaux de pouvoir les plus proches, qui comportent encore quelques acteurs aux coeurs purs

  • Comblent les besoins de manière suffisamment visible, que leur sens soit palpable


Allez, j'arrête de tourner autour du pot, c'est ce que l'économiste international Bernard Lietaer appelait les "monnaies complémentaires". Voici un bijou de 6 minutes où il aborde le problème et la solution.


Monnaie complémentaire: moyen d'échange qui circule entre les acteurs d'une économie, en parallèle avec la monnaie officielle

Bernard Lietaer a expliqué le concept de la reprise en main des moyens d'échange sous forme de monnaies complémentaires, et il a très bien fait ça.

Il y a d'autres défis qui attendent ceux qui veulent combler les besoins du secteur non-marchand:

  • Un fonctionnement vraiment collectif

  • Des outils monétaires efficaces


Si je vous en parle, c'est que j'ai quelque chose à proposer 😉


Monnaie complémentaire + web coopératif = DAO

La DAO, que je ne décris plus, est l'outil par excellence pour des actions coordonnées entre des acteurs hétéroclites.

Une DAO peut aussi créer et détruire des jetons numériques suivant des règles définies pour provoquer des échanges utiles à sa mission. Cette mise en circulation de jeton permet de créer une monnaie complémentaire électronique, qui hérite de la fiabilité du web coopératif.


Exemple de monnaie complémentaire simple: la monnaie locale

Une DAO qui veut stimuler les échanges dans une ville pourrait émettre un stablecoin d'Euro qui ne pourrait être ré-échangé contre des Euros que depuis les portefeuilles de commerçants de la ville.


Les achats dans ce stablecoin pourraient donner lieu à une remboursement automatique de 5% de leur prix, pour stimuler l'utilisation de cette monnaie locale. Ce remboursement pourrait être temporaire, ou non.


Exemple réel de monnaie complémentaire: Fureai Kippu

Description de Wikipedia:

L'unité de compte de base est une heure de service à une personne âgée ou handicapée. Parfois, les aînés s'entraident et gagnent ces crédits, parfois les aidants, en bonne santé, transfèrent les crédits gagnés à leurs propres parents qui vivent ailleurs.

Les crédits peuvent aussi être thésaurisés, les aidants les conservant en prévision de futures maladies ou lorsqu'ils deviendront eux-mêmes âgés et qu'ils voudront les échanger contre des services.

On peut obtenir des crédits par exemple en faisant les courses à une femme âgée qui n'a plus de permis de conduire: le nombre de crédits gagnés dépend du type de service et du nombre d'heures passées.


C'est un classique dans le milieu des monnaies complémentaires. On crée de la santé et du lien humain sans monnaie officielle, ET les acteurs sont quand même rémunéré.


Ce système est maintenu par une fondation au Japon, sa gouvernance n'est pas décrite, mais on peut supposer qu'elle est moins démocratique qu'une DAO. Elle a des obligations comptables, et sans doute des personnes dont la responsabilité légale est engagée, et donc qui ont un pouvoir accru par rapport aux autres acteurs de la fondation.


Si ce système avait été mis en place à l'aide d'une DAO, elle aurait eu les bénéfices supplémentaires suivants:

  • La responsabilité est étalée sur tous les membres de la DAO, car tout le monde vote les propositions. Dans la pratique, ça donne des décisions plus sages, grâce à l'intelligence collective. La DAO ne peut jamais être limitée par les peurs d'un seul membre.

  • Transférer des jetons numériques d'un côté à l'autre du pays - ou du globe - est une fonction gratuite des contrats intelligents tels que ceux d'une DAO. Pas besoin d'acheter ni de créer un outil web pour cela

  • Tout aussi gratuitement, les jetons numériques d'une DAO peuvent être échangés contre d'autres jetons, aux conditions décidées par la DAO

  • Etendre le système par delà les frontières de pays est entièrement gratuit et facile

  • Les obligations légales bancaires, comptables et d'enregistrement ne sont requises que quand elles deviennent indispensables. On commence beaucoup plus léger, sans faire appel d'emblée à de coûteux spécialistes


Conclusion

Les monnaies complémentaires sont une innovation monétaire qui permet à des collectifs de coordonner des actions dans un but autre que celui du système monétaire officiel, sans toucher à ce dernier.


La DAO est l'outil de coopération collective qui s'appuie sur des contrats intelligents, programmables à loisir. En plus de sa gouvernance collective incorruptible, la DAO est facile à joindre à une émission de jetons numériques, selon des règles pertinentes pour son but.


Une concertation entre des acteurs du non-marchand et toute autre personne volontaire permet de créer une DAO et lui faire émettre des jetons, constituant une monnaie complémentaire électronique très facile à mettre en oeuvre.


Le vrai génie est dans la conception d'une monnaie complémentaire qui:

  • libère du temps aux acteurs surchargés du terrain

  • permet de contribuer, en rétribuant avec des jetons de la monnaie complémentaire

  • dépend pas ou peu de l'action politique

  • comble les besoins de manière visible


 
 
 

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